mardi 30 octobre 2007

Halloween, la nuit des masques

A 29 ans, John Carpenter à déjà l'ambition de créer un film aussi effrayant que "The Exorcist" (L'exorciste). Son idée de base était de raconter l'histoire d'une baby-sitter,

harcelée et poursuivie par un tueur psycopathe (cherchant même à intituler son oeuvre "The Baby-Sitter's murders"). Mais son producteur Irwin Yablans va y mettre son grain de sel, et lui propose de situer l'action durant Halloween, et ainsi de donner à son film le titre éponyme de cette fête populaire et méconnue dans nos contrées à l'époque. Succès inattendu (plus de 75 millions de $ de recettes), "Halloween" bouleverse le cinéma d'horreur et Carpenter crée tout à fait involontairement un nouveau genre: le slasher-movie (Wes Craven s'inspirera fortement de l'oeuvre phare du cinéaste dans "Scream").

Maîtrisant parfaitement son budget, il utilise la caméra subjective fréquemment, baissant ainsi le coût de réalisation. Ses plans et ses cadrages sont absolument surprenants. Il atteint la perfection en terme d'angoisse grâce à des images sombres et des lieux fermés et étroits. Scénario habile, situations innovantes, musiques diaboliques (le thème principal est énorme :p), ce sont ces éléments qui ont fait la renommée du film. Mais ce qui en fait sa véritable force, c'est avant tout Michael Myers. Ce personnage incarnant le Mal absolu (opposé au psychiatre qui, lui, incarne le Bien) n'a pas de visage, pas de voix et encore moins de sentiments envers ses victimes. C'est un tueur froid et implacable, vagabondant tel un fantôme, choisissant ses victimes au hasard des rues, sans une once de mobile. Sa façon de poursuivre ses victimes, sans accélérer le pas, se suffit à elle-même pour nous faire pâlir.
Le réalisateur engage une plongée inéxorable dans l'horreur la plus complète, jouant avec nos nerfs, et mettant en avant le côté animal de l'homme. Son oeuvre est malsaine, et il le sait, prenant même un malin plaisir à nous amener à prendre le parti du tueur lors de certaines scènes où la violence est aussi hallucinante que dans une oeuvre de Peckinpah. Il joue sur la faculté d'anticipation du spectateur pour faire monter l'angoisse du moment tragique que l'on sent imminent. Augmentant graduellement la tension jusqu'au conflit final, et laissant cette angoisse nous envahir en proposant librement l'interprétation de l'issue du film au public, Carpenter joue avec la peur du noir, des étrangers et de nos idées recues et préconçues. "Halloween" a la chance de posséder un suspense intenable, en majeure partie grâce à l'utilisation de cette même caméra subjective (Brian de Palma ira même à créer un mini remake de la scène d'introduction du film de Carpenter dans "Blow Out").


L'ambition de révolutionner le cinéma et de faire son entrée dans l'épouvante ira même jusqu'à utiliser Jamie Lee Curtis en tant qu'héroine (celle-ci n'étant rien d'autre que la fille de l'actrice poignardée dans la scène de douche de "Psycho" (Psychose), Janet Leigh). Mais les filiations avec d'autres films ne s'arrêtent pas là: les enfants gardés par l'actrice regardent "The Thing" à la télé, l'adaptation d'Howard Hawks, future clef de voûte du cinéma carpenterien; l'utilisation du prénom de Loomis, identique que celui du chef d'oeuvre d'Hitchcock,... Récompensé en 1979 par le Prix de la critique au Festival d'Avoriaz, le prix d'interprétation fénimine et le Grand Prix du public au Festival du Film Fantastique et de Science-Fiction de Paris, il lance le début d'un véritable raz-de-marées de slashers en tous genres (Scream, Vendredi 13, Freddy,...). Avec "Halloween", John Carpenter confirme son statut de cinéaste talentueux et généreux face au public, mais avant tout passionné de cinéma et de séries B, vouant un véritable culte à l'image.

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